Les studios de Boulogne

Publié le par Lyne de Montmartre

A partir des années 1920, « Bouliwood » accueille sur ses plateaux de tournage vedettes et superproduction à la française. Un âge d’or des studios qui court des débuts du cinéma muet aux années 1970, dont seule la télévision entretien le souvenir.

 

Des chefs d’œuvre à la chaine

A Boulogne, depuis un siècle, il a sans doute passé autant d’eau sous les ponts que de pellicules dans les caméras. La faute à un jeune réalisateur, Henri Diamant-µBerger, qui en 1922, entreprend de créer sur le quai du Point-du-jour, l’usine à rêves attendue par les pionniers du cinéma français.

Dans les anciens bâtiments Niepce et Fetterer, naissent en quelques mois les studios de Billancourt. Ce ne sont pas les premier du genre, on filme à Neuilly depuis plus de dix ans, mais le réalisateur des Trois Mousquetaires fait mieux que d’ouvrir de simples plateaux de tournage. Il inaugure une vraie cité du septième art avec se centrale électrique, ses loges, son restaurant et ses ateliers de fabrication de décors, aménagements facilités par la vocation première des lieux, dédiés à la construction de fuselages d’avions en contreplaqué.

Ces faux airs d’Hollywood, entretenus par des tournages de prestige comme le Napoléon d’Abel Gance, s’affirment quelques années plus tard avec l’avènement du cinéma parlant.

Grâce au nouveau propriétaire des studios, Pierre Bran-Berger, associé au producteur marseillais Roger Richebé, les plateaux de tournage du Point-du-Jour, deviennent les plus courus du début des années 1930. le système d’enregistrement sonore Western Electric séduit les réalisateurs, de Jean Renoir à Marcel Pagnol, en passant par Marc Allégret. L’aventure manque pourtant de tourner court. En 1933, un incendie ravage les installations, entraînant un changement de direction et des travaux de rénovation dont l’ampleur s’avère au final providentielle.

Au terme du chantier, Billancourt n’a plus d’égal en Europe. Avec une hauteur de plafond de quinze mètres, des éclairages crachant les kilowatts par milliers et un réseau de passerelles métalliques permettant aux techniciens et aux décorateurs de faire des prouesses, le « Paris-Studio-Cinéma » produit des chefs-d’œuvre à la chaîne. C’est l’âge d’or du réalisme poétique dans les décors magiques d’Alexandre Trauner et Eugène Lourié. Marcel Camé y fait pousser l’Hôtel du Nord et les pavés de banlieue du « Jour se lève » Des chefs opérateurs de génie, comme Henri Alekan, y domptent la lumière. Jusqu’à la fin des années 1940, le ballet des vedettes du grand écran est quasiment ininterrompu : Michel Simon, Arletty, Harry Baur, Louis Jouvet, Jean Gabin, Michèle Morgan.

Le casting continue à s’enrichir après-guerre, mais alors que l’étoile de Billancourt pâlit, ce sont les studios de Boulogne qui prennent le relais à partir de 1947.  l’industrie cinématographique  a son nouveau vaisseau amiral, rue de Silly et jusqu’à la fin des années soixante, les chaudières du prestigieux paquebot tournent à plein régime. Rien d’impossible pour les magiciens du trompe-l’œil : reconstituer les tours de Notre-Dame-de-Paris pour Jean Delannoy en 1956 comme les décors futuristes de Moonraker, de Lewis Gilbert, avec Roger Moore dans le rôle de James Bond ( En 1978, le tournage de cet épisode des aventures de 007 mobilise pendant un an l’ensemble des plateaux des studios du Point-du-Jour)

Mais entre-temps, les réalisateurs de la Nouvelle Vague ont décidé de partir conquérir de nouveaux espaces leu caméra sous le bras. Les décors naturels ont la côte et l’activité des studios s’en ressent. La reconversion est inévitable. En 1998, le tournage des « Enfants du siècle » de Diane Kurys  marque la fin d’une époque. Les studios de Boulogne sont rénovés, afin de répondre aux attentes de la télévision. Ils offrent désormais leurs quatre plateaux de tournage, leurs régies de postproduction et de vidéo numérique et tout le confort qui va avec aux nouveaux héros de l’audiovisuel. Les rois de l’illusion opèrent désormais sur un ordinateur, les acteurs évoluent en décors naturels ou virtuels, mais l’usine à rêves tourne toujours. Du réalisme poétique au réalisme numérique, Boulogne n’aura fait finalement qu’épouser la destinée des saltimbanques, où s’adapter fait partie du métier ?

Florilège B.B. :

1932 Boudu sauvé des eaux de Jean Renoir avec Michel Simon, Charles Granval.

1932 Fanny de Marc Allégret avec Pierre Frésnay

1932  La grande Illusion de Jean Renoir avec Erick Von Stroheim, Pierre Fresnay et Jean Gabin





1938
Quai des brumes de Marcel Carné avec Jean Gabin, Michèle Simon, Michèle Morgan






1938
La bête humaine de Jean Renoir Avec Jean Gabin, Fernand Ledoux, Julien Carette.



1939
Le jour se lève de Marcel Carné   avec Jean Gabin et Arletty












1939
Fric-Frac de Marcel Carné  avec Jean Gabin et Arletty

1939 La règle du jeu de Jean Renoir avec Julien Carette et Marcel Dalio

















1941
Remorques 
de Jean Grémillon avec Michèle Morgan et Jean Gabin

1946 Le diable au corps de Claude Autant-Lara avec Micheline Presle et Gérard Philippe

1953 Les Vacances de M. Hulot de Jacques Tati avec Jacques Tati et Nathalie Pascaud.

1954 Touchez pas au grisbi de Jacques Becker avec Jean Gabin et Jeanne Moreau

1955 Les grandes manœuvres de René Clair avec Michèle Morgan et Gérard Philippe

1956 Notre-Dame de Paris de Jean Delannoy avec Gina Lollobrigida et Antony Perkins

1961 Aimez-vous Brahms d’Anatole Litvak avec Ingrid Bergman et Yves Montand

1962 Le jour le plus long de Ken Annakin avec Andrew Martin, Darryl F.Zannuc et Gerd Oswald.

1962 Le Procès d’Orson Wells (d’après Kafka) avec Jeanne Moreau

1963 Cent Mille Dollars au soleil d’Henri Verneuil avec Jean Paul Belmondo et Lino Ventura

1966 La grande vadrouille de Gérard Oury avec Louis de Funès et Bourvil.

1968 Le tatoué De Denys De La Patellière avec Jean Gabin et Louis de Funès

1969 l’Armée des ombres de Jean-Pierre Melville avec Lino Ventura et Paul Meurisse

1972 César et Rosalie de Claude Sauter avec Yves Montand et Romi Schneider

1975 Peur sur la ville d’Henri Verneuil avec Jean Paul Belmondo et Charles Denner

1975 Le sauvage de Jean Paul Rappeneau avec Catherine Deneuve et Yves Montand

1976  Monsieur Klein de Joseph Losey avec Alain Delon et jeanne Moreau

1977 L’animal de Claude Zidi avec Jean Paul Belmondo

1979 Moonraker de Lewis µGilbert avec Roger Moore et Michael Lonsdale

1981 Beau-père de Bertrand Blier avec Patrick Dewaere et Maurice Ronet

1982 Une chambre en ville de Jacques Demy avec Dominique Sanda et Danielle Darrieux

1986 Mélo d’Alain Resnais avec Sabine Azéma et André Dussollier

1987 L’insoutenable légèreté de l’être de Philip Kaufman avec Daniel Day Lewis et Juliette Binoche

1992 Indochine de Régis Wargnier avec Catherine Deneuve et Vincent Perez

1992 Lune de fiel de Roman Polanski ( d’après le roman de Pascal Bruckner)  avec Hugh Grant, Peter Coyote et Emmanuelle Seigner.

1996 Pédale douce de Gabriel Aghion avec Patrick Timsit et Richard Berry

1996 Ridicule de Patrick Leconte avec Charlotte Berling et Judith Godrèche

Publié dans culture

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L
bonsoir, magnifique et autant de chef-d'oeuvre réalisés, il bon de le rappeler!!! bonne soirée BISES LILINE
Répondre
L
<br /> <br /> oui et avec de magnifiques acteurs qui, malgré une technique débutante, savaient jouer "vrai"<br /> <br /> <br /> <br />