Histoire Des Bourguignons Et De Leur Etablissement Dans Le Lyonnais

Publié le par Lyne de Montmartre

Histoire Des Bourguignons Et De Leur Etablissement Dans Le Lyonnais

Les Burgondes étaient des peuplades qui habitaient le nord de la Germanie, vers les rives de l’Oder et de l'Elbe. Leur nom signifie en leur langue guerriers du serment. Ils appartenaient à la race vandale et obéissaient à un chef qu'ils choisissaient. Ce chef était le premier en valeur et en courage : tous faisaient serment de le suivre et de le défendre. En temps de guerre, le pillage et le butin formaient leur solde ; en temps de paix ils s'occupaient à divers genres d’industries et travaillaient à des métiers. Leurs moeurs étaient les plus douces de toutes celles des Barbares qui vient fondre sur l'empire romain. Ils laissaient croître leur longue chevelure, qu'ils enduisaient de beurre ou de graisse, et portaient des habits rouges sans manche appelé armilausa. Leur extérieur était grossi, leur taille gigantesque, la plupart avaient six pieds. Ils aimaient beaucoup l'oisiveté, le chant, la musique, et s'adonnaient à la bière, mais aussi ils étaient généreux et hospitaliers.**

Toute leur vie se passait à guerroyer contre les nations germaniques qui les pressaient de tous côtés ; tantôt ils étaient envahis et forcés à des déplacements qui les refoulaient, soit vers les rives de la Vistule, soit vers celle de l'Elbe ; tantôt ils se portaient en avant dans la Germanie et allaient ravager les rives du main et du Necker, et ils poussaient leurs expéditions jusqu'à la Bohême. Vers l'an 70 de J.-C., ils habitaient près de l'embouchure de la Vistule. Les Goths, puis les Gépides, les refoulèrent dans la Germanie occidentale. L'an 277, ils envahissent la Gaule ; Probus les rejette sur les bords de l'Elbe, et ils s'établissent vers le confluent de la Saale et du Main. Chaque année ils avaient de nouvelles querelles avec les Germains et les Alemans, à l'occasion de leurs salines et surtout de leurs limites***.

Leurs gouvernements à beaucoup de rapport avec celui des autres Barbares de la Germanie. Impétueux dans la première attaque, leur choc avait peu de durée. Ils se rebutaient aisément des longs combats étaient très lâches pour les travaux pénibles. Ils étaient grands mangeurs et grands causeurs, leur haleine exhalait toujours une forte odeur d'ail et d'oignon dont ils faisaient leurs délices. Leur chef, choisi dans l'assemblée de la nation, pouvait être révoqué ; il ne devait souvent son élévation à la faveur constante de la fortune. Ce chef suprême s'appelait Hendin ; son autorité assez limitée, n'était importante en temps de guerre. Toutes les affaires publiques se traitaient dans l'assemblée de la nation, où chacun donnait librement son avis, et c'était la majorité qui l'emportait****

Leurs prêtres c'est de la plus grande autorité ; on les regardait comme inspirer des dieux. Le chef de ces prêtres se nommait Sinist, il était plus puissant que le roi est irrévocable. Cette vénération auront leur Sinist les porta à embrasser facilement l'Évangile, dès que l'un d'eux se convertit au christianisme, ce qui eut lieu vers la fin du IVe siècle. Oroze, cependant, affirme qu'ils se firent chrétiens vers l'an 430.

Après les années qui suivirent la mort de Julien, l'empire romain d'Occident fut exposé aux ravages et aux incursions de divers peuples ennemis : Gratien et Valentinien luttaient péniblement et contre des barbares et contre des usurpateurs. Alors les Burgondes avaient pour chef un homme puissant et brave qui, avec 80 000 guerriers s'était avancé dans le Palatinat, sur les bords du Necker et du Rhin.

 

Réimpression de l’édition de 1859

** Sismoudi –Michelet, Hist. De France

*** ordanès. M. Raget de Belloguet, passim.

**** Ammien Marcellin, Sdonius Apollinaris.

 

 

 

Les recueils de la mythologie scandinave chantent les exploits de ce chef, qui tenait sa cour à Worms et occupe et Mayence (1)

En 407, une autre horde de la même nation s’unit avec les Suèves, les Vandales et  les Alains ; conduits à un chef nommé Godegisèle, ils franchirent le Rhin, dévastèrent la Gaule pendant deux ans, exterminèrent un corps de Francs qui se disaient alliés de l'Empire et portèrent leurs ravages en Espagne où ils finirent par demeurer (2).

Peu après, les Burgondes reparurent sur les terres de l'Empire. En 411, un certain Jovinus s'était fait proclamer empereur à Mayence. Voulant s'assurer de ses puissants alliés, il fait proposer au brave Gunt-her (dont nous avons fait Gondicaire), de le soutenir avec ces vaillants guerriers et de le reconnaître comme empereur à la place du faible Honorius. Il lui promet en retour un établissement sur la terre fertile de la Gaule. Les Burgondes suivirent ces étendards ; mais Jovinus fut vaincu et tué par les généraux d’Honorius en 413.

Cependant, celui quoique vainqueurs, redoutaient les Burgondes. Il avait besoin d'alliés et ratifia en leur faveur les promesses qu'avait faite Jovinius de leur donner des terres et des cantonnements sur la rive gauche du Rhin, dans la revint appeler Germanie- Supérieure, c'est-à-dire, dans le pays compris entre le Rhin, la Moselle et les Vosges (3). Alors, ces guerriers proclamèrent pour Roi leur chef Gondicaire, et se cantonnèrent dans les forteresses du Rhin, à Mayence, à Worms, à Spire, etc., et tout le long du fleuve. Bientôt il fit revenir leurs femmes, leurs enfants et leurs troupeaux, et s'incorporèrent dans la population romaine, sous le nom de milites auxiliarii. Ces Burgondes trouvèrent en abondance des terres délaissées, à cause des ravages qu’occasionnaient les Germains dans ces pays. Les colonies militaires que Stilicon avait rappelées en Italie laissaient libre une grande étendue de terrain, puisque ces soldats n'avaient guère pour toute solde que des terres à cultiver.

Bientôt la douceur de ces nouveaux venus lui fit aimer de la population : comme ils étaient chasseurs et passeurs, ils abandonnèrent les villes aux habitants et se construisirent dans les champs de grossières cabanes. Ils apprirent des indigènes lézards utiles, l'agriculture, le tissage des étoffes (4) et embrassèrent tous le christianisme, catéchiser par les missionnaires que le renvoyer l'évêque de Spire. Suivant l'usage de ces peuples, leur chef Gondicaire parcouru les limites de son petit État, et établi un comte dans chaque district. Le gouvernement de celui-ci se divisait en capitaineries dont les chefs étaient chargés de répartir les terres entre les familles. Ces officiers étaient à la fois juges et capitaines de leur bourgade.

Cependant Gondicaire, se trouvant trop resserré dans son nouveau domaine, voulu, comme les autres barbares, d'étendre les armes à la main. Il envahit les territoires de Metz et de Toul. Mais le général des Romains, Aétius, le refoula et repris les concessions faites par Honorius. Comble de malheur, une horde de Huns tombent sur les vaincu, les taillèrent  en pièces et tuèrent Gondicaire (5).

 

1 M. Roget de Belloguer

2  Lebas, Hist. Du Moyen-âge, page 35

3   Burgoniones partem Gallix propinquantem Rheno obtinuerunt St-Prosper.

4  Gingins de la Sarra

5 St-Prosper, Cassiodore, Tillemond. D. Bouquer. M. Roget de Belloguet

 

 

Gondioc son fils lui succéda en 436. Il paraît qu'il reçut des Romains un établissement dans le Dauphiné et dans la Savoie à condition de défendre les passages de l'Italie. L'invasion d'Attila rapprocha les Romains des Burgondes.

Attila avait soumis incorporer dans ses troupes les Huns, les Gépides, les Ostrogoths, les Marcomans, les Suèves, les Alains et d'autres peuples barbares. Sa domination s'étendait des bords du Rhin à ceux de la mer caspienne, et de la Baltique ont montagnes de la Grèce septentrionale (1) . La Germanie tout entière s'était soumise à son joug.

 

Cet homme féroce, qui se faisait appeler le fléau de Dieu, après avoir ravagé toute l'Europe méridionale et brûlé soixante-dix villes populeuses, s'était dirigé vers la Gaule pour entrer en Italie avec une armée innombrable.

Strasbourg, Tongres, Mayence, Metz furent brûlées par ce barbare. Les Burgondes, effrayés s'étaient réfugiés dans leurs montagnes. Aétius, digne générale des Romains, fit comprendre aux rois de la Gaule qu'il était de leur intérêt commun de se réunir entre Attila. Mérovée, chef des Francs, Théodoric, roi des Wisigoths, Gondioc, roi des Burgondes, réunir toutes leurs forces et celles d’Aétius, marchèrent contre les Huns qui assiégeaient Orléans, et les contraignirent à reculer jusque dans les plaines de Châlons-sur-Marne (2). Là, les Francs, commencèrent à attaquer les Gépides ; la nuit seule mit fin à cette lutte où il périt cinquante mille barbares. La bataille du jour suivant devint une affreuse mêlée ; toute la plaine fut inondée de sang. Le combat fut si opiniâtre, qu’Aétius à chaque instant se trouvait au milieu des bataillons ennemis, et que ne pouvant pas savoir ce qui se passait à l’aile l'opposé de son armée, il se retrancha dans son camp, craignant une défaite. Attila enfin, recula, après avoir laissé sur le champ de bataille 162 000 des siens ; mais il paraissait encore terrible, les vainqueurs nous sert le poursuivre ; il alla ravager l'Italie. Le roi des Wisigoths avait trouvé la mort dans cette terrible lutte.

Les Burgondes, en reconnaissance des secours qu'ils avaient donné à Aétius, obtinrent de l'empereur la confirmation de tous leurs domaines, le titre d'amis et d’alliés fidèles, et leur roi Gondioc qui s'était illustré dans la bataille, fut créé patrice romain. Quant au brave Aétius, il fut assassiné par la main du lâche empereur Valentinien III, jaloux de sa gloire et de sa renommée. C'est ainsi que les Césars savaient récompenser les services (454).

Gondioc profita des discordes de l'empire romain s'agitaient sous les prétentions de plusieurs empereurs, pour s'étendre dans le pays placé au sud des Vosges. Rome était tombée du faîte de sa gloire, elle venait d'être saccagée par les Vandales ; toutes les populations sans défense étaient la proie des barbares. Avitus (456) avait été proclamé empereur, puis déposé et sacré évêque. Majorin, officier de son armée, de concert avec le Suève Ricimer, s'érigea en gouverneur de l'Occident. Profitant de ces troubles, les Burgondes s'avancèrent dans toute la Séquanie, s'emparèrent de Genève, et s'étendirent dans tout l'ancien pays des Eduens, par convention réciproque avec les habitants (3).

1 Le Bas, Hist. Du Moyen Age

2 Jordanès, 36.-. Grèg de Tours, 2,7.- LeBas. Il paraît plus probable que la bataille se donna près De Méry-sur-Seine.

3Marii chron., Greg. Turr. – Frégédaire. Chr.

 

 

 

Les populations de ce pays, épuisées par les exactions du fisc, ignorant de quelles nations barbares elles allaient devenir la proie, cherchèrent alors par elles-mêmes à pourvoir à leur salut. Comme elles connaissaient la douceur des Burgondes, elles firent avec eux une soumission volontaire à la condition d’un partage de territoire. Ce fut la ville de Langres, qui, la première, suivant quelques historiens, se sépara ainsi de l’Empire. Toute la province suivit cet exemple, depuis le territoire de Sens, en descendant le bord de la Saône, jusqu’à Mâcon et Autun. La limite sud du royaume de Gondioc était formée par les territoires de Bourg, de Belley et de Moutiers ; il enclavait tout le Rhône supérieur jusqu’à Zurich(1) et Bâle. Lyon et son territoire n’en faisaient point encore partie. Cet établissement des Burgondes ne fit pas disparaître les institutions existantes, mais il modifia les idées, les coutumes et morcela les propriétés par le partage.

Le gouvernement intérieur ne fut pas changé, les innovations furent imposées par les seules circonstances. Les Burgondes, peu habiles dans l’administration civile, la laissèrent volontiers aux Romains pour ne s’occuper que de l’armée (2). Le royaume, dès lors, prit le nom de Burgondia et, comme l’établissement avait été conventionnel, les habitudes des deux peuples furent respectées ; le Romain, (par ce nom il faut entendre la population indigène) habitué aux villes, y demeura paisible, et le Burgonde habita les champs avec son troupeau.

Pendant l’hiver, les deux populations se rapprochaient pour se livrer à des travaux d’industrie, car la culture des terres ne suffisait pas pour occuper les loisirs des Burgondes. Il y avait beaucoup de terrains appartenant au fisc ou qui étaient devenus libres par la mort de leurs possesseurs. Ce furent les chefs des Burgondes qui s’en emparèrent pour les partager avec leurs fidèles. Ainsi les bénéfices militaires se trouvent déjà établis à cette époque.

Dans ce partage, qui eut lieu avec les habitants indigènes, il fut convenu que les Burgondes possèderaient les deux tiers des terres avec le tiers des esclaves, à la charge d’abolir tous les impôts romains et de protéger la population par la force de leurs armes.

Tous le pays fut partagé en sept districts ou pagi. Le partage se fit suivant les coutumes barbares. Les chefs occupèrent militairement le territoire des villes importantes, mais ils laissèrent subsister, dans leur entier, les curies et les institutions municipales. Ils s’estimèrent fort heureux de trouver une organisation civile toute faite, bien supérieure à celle que leur ignorance aurait pu établir.

Non seulement la législation romaine demeure, mais encore les monnaies du pays continuèrent à avoir cours(3).

 

 

1-Gingins.- Chorier, Hist de Vienne
2-Sismondi.- Gingins de la Sarra.
3-Le Huërou

 

 

 

 

Chapitre II

 

Peu de temps après l’établissement des Burgondes dans la Franche-Comté et dans la Bourgogne, les habitants de Lyon et les Gallo-Romains de la province, furent blessés de la déposition de l’empereur Avitus, qu’ils avaient reconnu ; ils ne voulurent pas proclamer Majorin. Le chef de cette faction était un certain Poeonius, aidé par les jeunes gens nobles qu’avait soulevés Sidoine Apollinaire. Cette faction avait son foyer à Lyon et avait choisi pour empereur Marcellin, personnage distingué par ses talents guerriers et par son savoir (1). Mais ses lenteurs donnèrent gain de cause au parti de Majorin, qui vint assiéger Lyon rebelle, la prit de force, la dépouilla de ses avantages, et se serait laissé emporter à des violences funestes pour la ville si Sidoine Apollinaire ne s’était empressé de faire le panégyrique de Majorin. Ses flatteries parvinrent à fléchir la colère de l’empereur et conservèrent à sa ville natale ses anciens privilèges.

Majorin avait repris Lyon sur les habitants soutenus par les Bourguignons ; mais, l’an 469, un autre empereur, Anthémius, voulant se rendre favorables les Burgondes, leur fit cession de Lyon (2), de Vienne et du Vivarais. Il augmenta leurs possessions de toutes les terres situées jusqu’à la Durance à la condition qu’ils joindraient leurs troupes aux siennes et le reconnaîtraient pour empereur d’Occident. Cette seconde acquisition se fit par un traité réciproque avec l’empire, et non par droit de la guerre. L’empereur céda ses droits sur ce pays, en s’en réservant la suzeraineté. Au reste, l’établissement dans le Lyonnais et le Dauphiné, se fit comme précédemment, c’est-à-dire que les Burgondes prirent les deux tiers des terres et le tiers des esclaves. Les onéreux impôts romains furent abolis et les peuples s’estimèrent heureux de ce changement.

A la nouvelle de ces établissements dans la Gaulen un grand nombre de Burgondes arrivèrent des bords de l’Elbe et de l’Oder avec leurs familles, pour profiter des terres de cette fertile contrée. Ces nouveaux venus furent nommés Faramanni ; ils n’obtinrent que la moitié du partage et se formèrent en bourgades séparées. Le village de Faraman, près de Meximieux, et plusieurs autres localités retinrent leur nom.

Gondioc exerça une autorité absolue comme chef et roi de tous ces pays. Il s’attacha par le don de certaines terres, avec le nom de fiefs, les plus vaillants guerriers.(3). Les deux peuples vécurent dans une grande harmonie et une mutuelle confiance, les deux races étaient également protégées par le roi, de sorte que la fusion se fit rapidement, les deux peuples n’en firent plus qu’un seul, et furent connus sous le nom de Bourguignons. Bien plus, le peuple envahisseur embrassa la langue et les usages du peuple conquis. L’an 470, Ricimer, l’arbitre de l’empire, donna sa sœur en mariage à Gondioc et facilita les empiétements de son beau-frère.

Gondioc mourut paisiblement en 474, après avoir régné avec gloire et avoir formé un royaume considérable qu’il transmit à ses enfants. Il avait épousé Carétène dont il eut quatre fils, entre lesquels il partagea ses Etats.

 

 

1-Fauriel, Hist. De la Gaule méridionale

2-D. Vaisselle.- Tillemond.

3-Gingins

 

 

 

 

L’aîné, Gondebaud, eut le pays situé sur la rive gauche du Rhône, depuis Genève jusqu’à Arles et le pays des Alpes Cottiennes ; Chilpéric obtient les pays qui formèrentplsu tard le Beaujolais, le Forez et le Lyonnais, avec une portion d el’Auvergne ; il se fixa à Lyon ; Godegisèle eut toute la partie située entre Genève et Dijon ; Godemard se fixa à Besançon et posséda tout le Nord. (1)

L’hérésie commença à infester ces provinces dans la personne des Burgondes, qui entretenaient des rapports avec les Visigoths du midi de la Gaule, leurs voisins ariens. Néanmoins, la liberté de conscience était entière chez les sujets des rois Bourguignons ; un partie même de la famille royale était arienne et l’autre orthodoxe ; le peuple, à l’exemple de ses chefs, suivait la religion qui lui plaisait.

Lyon avait donné naissance, dans ces même temps, à un personnage célèbre, c’était Sidoine Apollinaire. Il était sorti d’une famille illustre : son père et son aïeul furent préfet des Gaules. Il embrassa  d’abord la carrière des armes, puis celle des belles-lettres, et devint le plus distingué dés écrivains de cette époque. A l’âge de vingt ans, il épouse une jeune personne d’Auvergne, nommée Papianilla, et lorsque son beau-père Avitus fut proclamé August, à Rome, en 455, il le suivit dans cette ville, prononça son panégyrique et obtint de statue d’airain pour prix de son éloquence. Quand son beau-père fut détrôné, si douane de 25 millions pour le défendre contre l'armée de Majorin ; et le flatteur poète suscite bien renforcer le vainqueur, s'il le désarma et obtint de lui le pardon de la ville rebelle. Plus tard, il entra dans les ordres et devint évêque de Clermont.

Saint Patient, évêque de Lyon, successeur de saint Eucher, fut lié d'une sainte et étroite amitié avec l’évêque Apollinaire. On ne sait rien de certain sur la famille de saint Patient ; famille se passait dans l'obscurité, lorsque la renommée de ses vertus le fit choisir pour devenir le pasteur de l'Eglise de Lyon. « Il développa sur ce siège cette énergie de penser, cette sagesse d'action, cette intelligence des hommes, des choses et des événements qui caractérisent le saint pasteur (2). » Il soutint avec beaucoup de vigueur la divinité de Jésus-Christ contre les doctrines d’Arius qui s'étaient propagées dans son troupeau, et en convertit un grand nombre.

Patient s'occupa beaucoup à rétablir les monuments chrétiens de Lyon. Il fit bâtir l'église de Saint Irénée et cette magnifique basilique des Macchabées, pour laquelle il déploya une pompe  est un luxe qui la rendirent l'une des plus belles églises de la Gaule. Elle était, suivant Sidoine, tout étincelante de marbres précieux, de dorures, de mosaïques et de riches peintures. Un triple portique, soutenu par des colonnes de marbre, formait l’entrée de ce temple(3).  Mais ce qui rend cet évêque digne de notre admiration, ce fut son inépuisable charité qui apparut au grand jour dans une année de famine et de misère. Aucun malheureux n’échappait à ses aumônes. Ses largesses ne se bornaient pas à la ville de Lyon, elles s’étendaient encore aux extrémités de la Gaule ; il envoyait des convois de blés aux villes les plus malheureuses. C’est ainsi qu’Arles, Avignon, Riez, Valence, Orange, Saint-Paul-Trois-Châteaux éprouvèrent tour à tour sa bienfaisance.  Il mourut, après avoir passé plus de quarante ans dans l’épiscopat, vers l’an 491. Il fut inhumé dans l’église des Macchabées.

Gondioc mourut à Vienne, en 470, comme on l’a vu plus haut, il avait partagé son royaume entre ses quatre fils, Gondebaud, Chilpéric, Godegisèle et Godemar.

Chilpéric et Godemar, mécontents de leur partage, s’allièrent avec les tribus germaniques voisines, vinrent attaquer Gondebaud et le vainquirent près d’Autun dans une grande bataille.

 

 

1-Chorier, Hist. Du Dauphiné. –Sismondi

2-Mgr Lyonnet, Vie de saint Patient.

3-Sidoine Apollinaire – Mgr Lyonnet

 

 

 

Gondebaud lui-même ne dut son salut qu’à un déguisement ; il s’enfuit en se couvrant de la peau d’ours d’un soldat et resta caché pendant trois jours. Puis, lorsqu’il eut appris que ses frères victorieux se livraient sans défiance à tous les plaisirs de la victoire, il envoya des messagers sûrs à ses fidèles leudes et au gouverneur de Lyon, en leur commandant de rassembler en hâte toutes leurs forces. A la tête de cette nouvelle armée, il vient surprendre ses frères dans Vienne, massacre de sa propre main Chilpéric avec son fils et fait prisonnière sa femme qu’il jette dans le Rhône avec une pierre attachée au cou. Puis, il fait environner de fascines et de fagots une tour dans laquelle son autre frère Godemar s’était réfugié (1) et le fait périr au milieu des flammes. Il restait encore deux filles de l’infortuné Chilpéric ; le roi barbare hésita s’il devait les immoler à sa colère ou leur laisser la vie. La pitié l’emporta ; il vit qu’il n’avait rien à craindre de deux faibles femmes et les confia à sa mère Carétène, qui les éleva dans le monastère Saint-Michel de Lyon, qu'elle fonda après de celui d’Ainay, où elle passa le reste de sa vie à pleurer la mort de ses enfants. L'une de ces jeunes princesses était Clotilde, qui plus tard devint l'épouse du roi Clovis.

Gondebaud, resté chef des Bourguignons avec Godegisèle, partagea avec lui les états de ses deux autres frères (2). Peu après, il reçut à Lyon des envoyés de l'empereur Olybrius, qui, voulant s'assurer un puissant allié, lui envoyait les ornements de patrice. Ainsi, les chefs de l'empire romain considéraient toujours les Bourguignons comme des alliés. Ce fut, au reste, le dernier acte d'autorité que chercher à faire les empereurs ; car les successeurs d’Olybrius abandonnèrent une prétention que l'impuissance de leur gouvernement n'aurait pu soutenir.

Gondebaud, après l'agrandissement de ses Etats, ne  prit pas de résidences particulières. Tantôt il se fixait à Lyon, tantôt à Genève, souvent encore il passait une saison entière dans quelques châteaux de plaisance ; l'histoire a gardé le souvenir,, d’Albigny et d'Amberieux-en- Bugey, qu'il se plaisait à habiter. C'est dans ce dernier lieu qu'il mit en ordre les lois appelées de son nom loi Gombettes.

L'inaction n'était pas du caractère de ces rois bourguignons, toujours vifs, ardents, aimant la guerre pour le butin. Aussi, Gondebaud profitant de la lutte entre Odoacre et Théodoric, réunis bientôt ses guerriers, et leur montrant les plaines fertiles de la Ligurie ouverte pour leur expédition, il les pousse en Italie, prend Turin et Pavie, ravage tout le pays et revient dans ces états avec un grand nombre de prisonniers qui furent réduits en servitude (492).

Godegisèle, alarmée de ces mouvements de son frère aîné, compris que jour l'ambitieux Gondebaud chercherait à réunir tous les Etats des Bourguignons sous sa domination. Aussi, pour prévenir une guerre funeste, il voulut s’assurer des amis et des appuis chez ses voisins. Il fit alliance avec le roi des Francs qui venait de fonder un royaume sur les débris de l’empire romain, et qui avait déjà rempli toute la Gaule de la renommée de ses exploits.

Clovis, aussi ambitieux et plus adroit politique que Gondebaud, sentit l’avantage qu’il pourrait tirer un jour de la division des deux frères, pour s’emparer  d’une partie de leur territoire. Il ménagea adroitement les deux partis, fit alliance avec chacun d’eux et attendit les circonstances pour agir(1)

 

 

 

1-Sismondi.

2-Annales du Moyen Age

3-Dom. Bouquet, tom, m, p. 397.

 

 

 

Ses députés virent par hasard la princesse Clotilde ; ils la trouvèrent sage et belle, et, ayant appris qu’elle était de race royale, ils en informèrent aussitôt le roi Clovis. Celui-ci forma sur-le-champ le projet d’épouser une princesse qui devait lui apporter ses prétentions aux provinces de Bourgogne qu’avait possédées son père.

Sans retard il envoie des ambassadeurs à Gondebaud qui n’ose refuser de prendre Clovis pour neveu, dans la crainte de s’attirer ses armes avec son inimitié. Le contrat fut signé à Cavaillon, les envoyés firent des présents au roi et partirent pour Soissons avec la princesse (1) en 493.

Carétène mourut bientôt après la séparation de sa chère petite-fille, à l’âge de 51 ans ; elle succomba à la douleur d’avoir vu expirer une partie de sa famille, et fut enterrée dans le monastère de Saint-Michel, qu’elle avait fondé à Lyon, près de la place qui a conservé ce nom. Son épitaphe contient vingt-six vers.

 

Gondebaud avait vu avec peine sa nièce Clotilde devenir l’épouse du roi des Francs, il redoutait l’ambition de Clovis et surtout le ressentiment de la princesse. Aussi, il chercha à faire face aux orages, s’allia avec Théodoric, roi d’Italie, maria son fils Sigismond avec la fille de ce prince et, pour cimenter encore plus fortement la bonne harmonie qu’il voulait établir entre les deux royaumes, il se hâta de remettre aux mains de saint Epiphane, moyennant une faible rançon, tous les prisonniers qu’il avait amenés d’Italie quelques années auparavant ; ces prisonniers montaient à 6 000 hommes (2), en 494.

Clovis fut influencé par sa femme ; souvent elle l’avait ocnjuré avec larmes de lui accorder deux grâces : l’une de se faire chrétien, l’autre de porter la guerre en Bourgogne, et de se venger sur Gondebaud du massacre de ses parents (3).

Clovis fut embarrassé au sujet de la religion, mais son cœur ambitieux se promit d’accomplir ses désirs sur la Bourgogne, lorsque l’occasion se présenterait ; elle ne tarda pas à  s’offrir.

Des inimitiés avaient éclaté entre Gondebaud et Godesigèle, sans doute au sujet de leurs possessions particulière ; Clovis, de son côté, avait cherché, en plusieurs occasions à étendre son territoire, et avait toujours profité des concessions que Gondebaud lui avait faites pour conserver la paix. Mais enfin, ce dernier se lassa de toujours offrir, et, apprenant que les Francs se préparaient pour une expédition, il fit prier Godegisèle d’oublier leurs querelles pour s’unir contre l’ennemi commun. Godegisèle avait fait alliance avec Clovis ; il avait été convenu que leur traité resterait secret, tant que les Francs n’auraient pas envahit la Bourgogne.

Clovis entre donc en campagne ; Gondebaud marche contre lui, le perfide Godegisèle vient le joindre à la tête de ses soldats et se range en bataille sous les drapeaux de son frère, dans les environs de Dijon, sur les bords de la petite rivière de l’Ouche.  Mais, au milieu du combat, il joint ses forces à celle de Clovis et tombe rudement sur l’armée de Gondebaud qui fut bientôt mise en déroute.

Gondebaud s’enfuit jusqu’à Avignon ; comme la ville était forte, il se prépara à en soutenir le siège, en 501. Clovis fit ses dispositions d’attaque tandis que Godegisèle triomphant alla jouir de sa victoire dans Vienne. Déjà les Francs avaient tenté inutilement plusieurs assauts meurtriers pour eux et Clovis prévoyait qu’il ne s’emparerait de la place qu’après de longs et pénibles travaux qui rebuteraient ses troupes ; lorsque Gondebaud, persuadé par un de ses conseillers, promit de se reconnaître tributaire du roi des Francs, s’il voulait entrer en accommodement.

 

 

1-Grégoire de Tours

2-Picot, Ennod. Chro.

3-Picot.- Glausolles, hist. De France, p. 37

 

 

 

 

Clovis accepta le tribut offert, laissa 5 000 guerriers à Vienne pour soutenir son allié  Godegisèle, augmenta son propre royaume de quelques places (1) et retourna dans ses Etats.

Dès que Gondebaud se vit débarrassé de Clovis, il ne songea plus qu’à se venger de son frère, il rassembla ses troupes à Lyon et vint l’assiéger dans Vienne. Les populations furent fidèles à l’appel de Gondebaud, qui avait défendu l’honneur national et abandonnèrent Godegisèle. Celui-ci, se voyant pressé, fit sortir de la ville toutes les bouches inutiles. Parmi ces infortuné bannis se trouvait un vieillard qui était chargé de la réparation d’un aqueduc. Il vint trouver Gondebaud, et lui proposa d’introduire ses troupes par le passage souterrain. Les Bourguignons, guidés par cet homme, entrent dans le canal, soulèvent avec des leviers de fer une grosse pierre qui en fermait le soupirail, et, pénètrent dans la ville. Ils se rendent maître des rues, et sonnent les trompettes, signal qui annonce à Gondebaud de faire donner l’assaut aux portes. Vienne fut prise en un instant ; tous les sénateurs qui avaient suivi le parti de Godegisèle furent mis à mort ; et ce chef lui-même, réfugié dans une église, y fut massacré(2). La garnison franque, que Clovis avait laissée, fut faite prisonnière ; et, pour se débarrasser de ces hôtes incommodes et n’avoir pas à s’attirer une querelle à leur sujet, il les envoya à Alaric, roi des Visigoths, qui était en guerre avec les Francs. Mais Alaric fut tué dans la bataille de Vouillé (507) et Clovis s’empara des Etats du roi visigoth.

 

 

1-Dom Bouquet, Chorier

2-Menestrier, Sismondi, Greg de T. Frédégaire.

 

 

 

Chapitre III

 

Un nouveau traité vint rétablir la bonne harmonie entre les rois de la France et la Bourgogne. L’entrevue des deux chefs eut lieu près d’Amboise, dans une île de la Loire. L’ambition de Clovis fut enchaînée par des serments et des promesses, puis ils mangèrent et burent ensemble ; le Bourguignon prit la barbe de Clovis entre ses mains, croyant ainsi devenir son père adoptif, d’après les modes des peuplades germaniques (1)

Dès que Gondebaud eut réuni toutes les provinces de la Bourgogne sous son autorité, par la mort de Godegisèle, de tyrans et de roi cruel qu'il avait paru jusqu'alors, il devint un prince sage et humain, et ne s'occupera plus que des moyens de faire jouir sa nation d'une paix durable et florissante.

Il était arien, quoi que beaucoup de ces sujets fussent catholiques ; mais il ne fut point intolérant en matière de religion, et ne mérite point les calomnies que lui ont adressées certains historiens. Non seulement il  laissait la liberté de culte à son fils Sigismond qui était catholique, mais encore il recherche la société de Saint Avitus, évêque de Vienne. Plusieurs fois il réunit dans son palais les évêques des deux religions, afin d'écouter leurs controverses. On prétend même qu'il voulut abjurer l'arianisme ; mais l'évêque Sacerdos exigea de lui une confession publique, en lui citant ces paroles de l'Évangile : « Celui qui me niera devant les hommes, je le nierai aussi devant mon père céleste. » Le roi ne voulut pas d'abjuration publique et demeurera à rien (2).

Ce prince se montra l'ami des sciences et des lettres, il les protégea autant qu'un barbare le pouvait. Ayant appris que son allié Théodoric avec des machines qui marquaient les soeurs, il pria de lui en envoyer. Aussitôt Théodoric fit confectionner de ces horloges par le savant Boëce, et les envoya au roi de Bourgogne : ce furent sans doute les premières qui parurent en France (3)

Gondebaud en paix avec ses voisins, respecté de ses sujets et puissants par ces provinces, portant à tous les soins vers la civilisation de ses sujets. Son royaume se composait de la Bourgogne proprement dite, du Nivernais, du département de la Haute-Marne, de la Franche-Comté, d'une partie de la Suisse et du Dauphiné. Les limites du Nord, étaient les diocèses de Langres, de Lure, de Besançon, d’Avenches, près du lac de Neuchâtel, les sources de l’Aar et de la Reuss, et tout le Valais. À l'est et au sud, il comprenait les villes de Grenoble, Gap, Embrun, Sisteron, Avignon et Apt ; à l'ouest, la ligne des Cévennes et du Mézinc, Montbrison, l'Allier jusqu'à Nevers, Avallon et Sémur. On n'y comptait 25 évêchés. Dès que les Bourguignons furent maîtres du pays qu'ils avaient occupé, ils s'adonnèrent surtout à l'agriculture et à l'éducation des troupeaux, en délaissant le soin des armes : aussi furent-ils inférieurs aux Francs dans toutes les luttes qu'ils eurent à soutenir contre ces derniers.

Gondebaud publia ses lois à Lyon, le 29 mars 501. Un supplément fut ensuite donné à

 Ambérieux, en Bugey.

Ces lois forment un code qui contient 142 articles de droit civil, 30 de procédure et 182 de droit pénal. Le Romain et le Bourguignon y sont tous deux traités sur le pied de l'égalité parfaite, à d'opérer une fusion plus facile (4)

 

 

1-Le Huërou

2-D. Bouquet

3-Ménétrier

4-Guizot.- Sismondi

 

 

On voit partout que le législateur parle en maître à tous ses sujets, grands ou petits, riches

ou pauvres, évêques ou guerriers. La législation de Gondebaud subsista longtemps en

Bourgogne, même après la prise du pays par les francs ; ce fut Louis Ier qu'il l’abrogea.

Dans les villes, un comte, comes, était chargé du soin de rendre la justice. Il lui était expressément

 interdit de recevoir aucun présent ; loi sage qui prévenait la corruption. Dans chaque tribunal,

 lui il y avait un juge bourguignon et un juge romain. Pour les testaments, on suivait la coutume

 qu'il convenait aux parties. Les sentences se rendaient toujours en langue latine (1).

Les curiales subsistèrent toujours avec les principales fonctions que les Romains leur avaient

confiées. C'était une administration fort commode pour les rois barbares, qu'ils n'eurent de

 gardes abolir, elle persista même sous les rois Francs.

Les juifs étaient les seuls qui eussent à se plaindre de la législation des bourguignons ; mais il

n'était pas mieux traité par les autres peuples qui leur faisaient endurer toutes sortes de mauvais traitements. Mais il n'était pas mieux traité par les autres peuples qu'il leur faisait endurer toutes

sortes de mauvais traitements. Ainsi, tout juif qui aurait porté la main sur un chrétien, qu'il

l'aurait frappé du pied, d’un bâton ou d'une pierre, sera condamné à avoir le poing coupé. S'il

veut racheter sa main, il paiera 75 sous d’or et 12 autres pour le fisc. Fixé sur un prêtre sur qui

 il a porté ses mains, il sera condamné à mort. Ils étaient aussi assujettis à payer des sommes

plus fortes que les autres ; mais le gain qu'ils faisaient dans les villes commerçantes leur faisait

 oublier toutes les persécutions.

L'homme libre se distinguait de l'esclave par sa longue chevelure. Quand on voulait affranchir

un de ces malheureux, on le faisait par écrit ou de vive voix devant sept témoins (2).

Le mari a acheté sa femme par une dote en argent, et la femme son mari. La femme de qualité

 était payée 300 sous. Le refus du père n'annulait pas le mariage, mais il donnait lieu à une

amende. En aucun cas la femme était admise à demander le divorce ; elle était punie de mort

 si elle abandonnait son mari (3).   Les enfants avaient une égale portion dans l'étage de leur

 père. Les voleurs avec effraction étaient mis à mort (4). L'assassin était puni de mort, quelle

 que fût la personne qu'il avait tuée, pourvu qu'elle soit libre. Le meurtre des esclaves se payait

 selon leur importance, depuis 30 sous jusqu'à 150.

Les blessures sur des personnes se rachetaient aussi par des amendes, de même que les injures

faites aux femmes. Celui qui cassait un bras ou une jambe, payait 15 sous d’or aux blessés et

six pour l'amende au fisc. Le wergeld était admis pour tous les délits et crimes (5).

Le vol des chevaux et débuts était puni de mort. Celui qui dérobait une brebis, un port, une chèvre,

 payait trois fois la valeur de  l'animal t volé ; et si le vol avait lieu avec violence, il payait

neuf fois sa valeur ; si c'était un esclave qui faisait le crime, il recevait 300 coups de bâton ;

et, de plus, son maître était responsable du larcin. L'esclave qui frappait un homme libre

recevait 100 coups de bâton. Les esclaves, aux termes de la loi, appartenaient en tout à leurs

maîtres qui pouvaient disposer selon leur bon plaisir ; il leur était enjoint seulement de ne

pas les tuer.

Le ravisseur d'une jeune fille était condamné à payer six fois le prix de sa dot. S'il n'avait pas

de quoi se racheter, il était livré aux parents pour être traité selon leur bon plaisir. L'homme

 libre qui fait violence à une esclave paye à son maître 12 sous ; s'il est esclave il reçoit 150

 coups.

Le divorce est  accordé à la demande du mari, pour les crimes d’adultère, de maléfice, et

pour la violation des tombeaux.

 

 

1 Sismondi.- Raynouard, Droit municipal.

2 Lex Burgundionum

 

 

 

Lorsque le juge était embarrassé pour discerner la justice d’une cause, il ordonnait le jugement de Dieu, c’est-à-dire le combat (1). Les deux parties en venaient aux mains,

 les nobles avec l'épée et le bouclier, les gens du peuple avec le bâton ; le vainqueur

et s'est proclamé innocent. Les femmes et les enfants se purgeaient par le ministère de champion, et ce champion lui-même s'il était vaincu, outre qu'il faisait perdre celui

 pour qui il combattait, avait de plus le poing coupé, comme coupable de faux serment, puisque avant d'en venir aux mains, il prenait de Dieu à témoin de la justice de sa cause.

Les esclaves étaient appliquées à la torture pour être forcé à dévoiler les coupables ou à s'accuser eux-mêmes. On pouvait encore se disculper d'un crime par serment et en

 produisant un certain nombre de témoins ; mais le faux témoin payant trois cents

sous d’or.

Le fils unique, à la mort de son père, devait laisser la troisième partie de son bien à sa

 mère, si toutefois elle n’avait pas pris un second mari.

Toutes ces lois annoncent de grandes vues de la part de Gondebaud ; elles sont, sans

 contredit, les plus parfaites de toutes celles des barbares. En tout, le Romain est l’égal

 du Bourguignon ; la morale est sévèrement gardée. L’esclave est peu favorablement

 traité, mais il ne faut pas s’en étonner, chez tous les peuples il était assimilé à la

brute. On trouve cependant dans ce code des lois qui se ressentent de la barbarie

des temps ; ainsi la torture était admise ; l'enfant ou la femme connaissant le vol

commis par son père  ou par son mari devait le dénoncer, sous peine de complicité.

Mais en compensation, nous trouvons une loi charitable qui permet à l'indigent d'aller

dans la forêt prendre le bois qui lui est nécessaire, nous voyons une généreuse hospitalité offerte à l'étranger et aux voyageurs ; la loi condamnait à une forte amende celui qui la refusait.

La distinction des personnes commença à devenir tout à fait tranchée vers la fin du

règne de Gondebaud. Au moment de l'invasion du territoire, il n'existait pas de noblesse proprement dite. Il y avait bien des hommes dont les ancêtres s'étaient distingués

soient en temps de paix, soit sur les champs de bataille ; mais leurs grandes actions

leur étaient toutes personnelles, et leurs fils ne conquéraient noblesse que s'ils se distinguaient

 à leur tour. Quand le partage des terres fut opéré, il en fut différemment (2) : le grand propriétaire bourguignon et des uns et choisis du prince ; sa grande propriété fut la récompense d'avoir bien servi le chef. En transmettant son domaine et se perd à son

fils, il lui transmit sa noblesse qui alors ne consistait guère que dans de grands biens

. Ceux-là et c'est vrai, que le noble bourguignon ruiné retombait dans la foule. Sous

le règne de Gondebaud, les hommes libres furent divisés en trois classes, et le législateur établit une différence dans l'évaluation à prix d'argent de leur vie. Cette distinction était d'abord toutes personnelles ; elle devint héréditaire avec la transmission des fiefs, mais

 elle cessait toutes les fois que l'homme descendait dans une classe inférieure.

Gondebaud et son père Gondioc avaient accordé des bénéfices ou des domaines

 incertains guerriers ; ces domaines et des prix sur ce que l'on avait assigné au prince

 soutenir sa dignité ; ils furent révocables d'abord, ensuite à vie, et enfin transmissibles;

de là naquirent les grandes propriétés, les grands fiefs héréditaires et les grands noms.

Ce qui cet effet en Bourgogne s'était aussi accompli chez les Francs et dans toute

 l'Europe, et il est vrai de dire que la féodalité se forma avec la conquête.

 

1 Emile Ruelle, hist. du Moyen Age, tom 1, page 95

2 Henry Allam, l’Europe au Moyen Age


 

Si tous ignoraient le latin lorsqu'ils envahirent le territoire et finir par en faire un jargon harmonisé avec leur prononciation. Ce patois devait varier avec les villes et ne produisit aucune littérature, pas même des chansons populaires. Car tous les écrivains, tous les poètes composaient en latin qui est compris par la population indigène ; il dédaignait un idiome qui n'aurait pas fait comprendre leurs écrits d'une ville à l'autre (1)

 

 

1 Sismondi, Littérature du midi de l’Europe


 

 

Chapitre IV

Gondebaud mourut en l'an 516, après avoir vu son royaume fleurirent en laisse ou son sage gouvernement. Il avait fait couronner roi, à Genève, son fils aîné Sigismond, le même qui avait épousé la nièce de Théodoric, roi d'Italie ( 1). Gondebaud avait encore un autre fils, auquel il n'accorda rien dans le partage de son royaume, faisant ainsi un acte d'autorité privée pour le bien de son peuple, contrairement aux usages de sa nation.

Ce principe d'hérédité ainsi proclamée en faveur de son fils aîné, montre la sagesse de ses vues. Le royaume entre les mains d'un seul roi n'était pas livré à l'ambition de ses frères, ce qui prévenait bien des guerres et des malheurs pour les populations, témoin le partage de la France par les fils de Clovis, qui amena le morcellement de son royaume en quatre Etats ennemis.

Sigismond était catholique ; c'était un prince se fait bleu, sans énergie, sans vigueur dans les conseils dans l'exécution. Il avait eu de la nièce du roi Théodoric un fils nommé Sigéric. À la mort de cette princesse, il prit une autre femme d'une basse naissance (2) qui su le subjugué par l'ascendant de son caractère et de sa beauté. Bientôt elle prit en aversion le jeune Sigéric, il accabla de mauvais traitements. Sa haine se changea en fureur, lorsque ce prince, lassé de ces outrages, lui reprocha sa basse condition et l'impudeur qu'elle avait d’afficher en publique les ornements royaux de sa mère. Alors elle ne se donna plus de repos jusqu'à ce qu'elle eut poussé son époux à ordonner la mort de son fils, sous prétexte qu'il cherchait à le trahir et à s'emparer du trône.

Sigismond à la suite d'un festin dans lequel Sigéric avait bu outre mesure, le fit étrangler sur son lit par deux serviteurs (3) en 521.

Le roi effrayé par la crainte de la colère divine s'adonna dès lors à la dévotion, édifia des églises, fonda des abbayes, et ruina ses Etats pour enrichir les couvents. Il fonda ou réparera, en mémoire de Saint-Maurice, le couvent d’Agaune ou de Saint-Maurice en Valais et le dota avec une magnificence toute royale. Il est passé souvent de longues journées, prosternés au pied des autels, pleurant sa faute, et ils y prit même l'habit religieux.

Ce faible prince ne suit pas défendre son royaume contre les invasions des Francs. À la mort de Clovis, Clotilde avait excité ses fils à poursuivre sa vengeance sur le sang de Gondebaud et à venger le meurtre de leurs aïeux (4). Cette proposition fut reçue avec empressement par de jeunes princes avides d'agrandir leurs Etats. Aussitôt ils firent leurs préparatifs pour se jeter sur la Bourgogne. Sigismond chercha des secours et des alliés (5). Sentant bien qu'il ne pouvait compter sur Théodoric après la mort de Sigéric, il tourna ses vues vers Constantinople et écrivit à l'empereur Anastase une lettre dont voici quelques fragments : « ma nation fait partie du peuple qui vous reconnaît pour son souverain, et je me tiens plus honoré de servir sous vos ordres, que de régner sur elle. Mes aïeux ont toujours moins fait de cas des dignités qu'ils devaient aux ans dont il sortait que celle que leur conféraient les empereurs. Ce qu'il y a de plus flatteur pour moi dans mon titre de roi des Bourguignons, c'est que je deviens votre officier..., etc. »

Qu’il y avait loin de cette lettre à la mâle activité de Gondioc et de Gondebaud ! Aussi elle obtint ce qu'elle méritait, le ridicule titre de Patrice et le mépris de ceux qui en eurent connaissance.

 

 

 

1 Plancher, Histoire de la Bourgogne

2 ibid

3Chorier. – Planche, annales du Moyen Age.- D. Bouquet.- Greg de Tours.

4 Gallia Christiana. Grégoire de Tours

5 Le président Hénaud, histoire des établissements des Français



 

L'an 523, Childebert, Clodomir et Clotaire entrèrent en Bourgogne à la tête d'une armée formidable ; Thierry, issu d'une autre femme que Clotilde, ne prit point de part à cette expédition. Sigismond assembla ses forces et fut vaillamment secondé par son frère Godemar, guerrier plein de bravoure de résolution. La bataille s'engagea, et si j'ai de monde vaincu s'enfuit en toute hâte vers le couvent de Saint-Maurice où il se cacha parmi les moines, tandis que Godemar opérait une retraite en bon ordre et faisait si bonne contenance que les Francs n'osèrent l'attaquer.

La fuite de cet avis. À Sigismond : il fut arrêté dans le monastère qui lui servait d'asile est livré à Clodomir, qui, de concert avec ses frères, ravagea les provinces de la Bourgogne. Les francs se retirèrent chargés du butin, croyant le pays soumis, et enfermèrent dans Orléans, le roi captif avec sa femme et ses enfants (1).

Mais les Bourguignons reprennent aussitôt les armes et proclament pour Roi Godemar, frère de Sigismond.

Clodomir, à cette nouvelle, réunit ses guerriers et décide de son frère Thierry à l'accompagner. Avant que de partir pour sa nouvelle expédition, il jugea imprudent de laisser vivre Sigismond, et, malgré les prières d’Avitus, il massacra cruellement le roi avec sa femme et ses deux fils et les fit jeter dans un vieux puits à Couloumelle, près d'Orléans en 524.

Trois ans après,Vénérandus, abbé de Saint-Maurice, obtint leur corps pour les inhumés dans son monastère.

Clodomir remporta des avantages sur Godemar ; mais après une victoire, s'étant trop emporté à la poursuite des Bourguignons, il fut enveloppé par un gros d'ennemis, et périt percer de cou, à la bataille de Veseronce, près des bords du Rhône. Sa tête fut portée entrions au bout d'une lance.

Les Francs, quoique victorieux, étaient privés de leur chef ; ils se bornèrent à des ravages et rentrèrent dans leur pays.

Enfin, une troisième expédition des Francs eut lieu en 534. Childebert et Clotaire tombèrent sur les provinces bourguignonnes ; Godemar, pendant deux années, se soutint contre ; mais lorsque Thierry, au retour d'une expédition en Auvergne, eut rejoint ses deux frères, alors la fortune abandonnât tout à fait le roi de Bourgogne. Après de bataille perdue, ce roi vit la ville d'Autunr tombé au pouvoir des Francs ; désespérant de ses affaires, il s'enfuit en Espagne et l'on n'entendit plus parler de lui (2).

Toute la Bourgogne soumise, fut partagé entre les vainqueurs. Ainsi péri la monarchie des Bourguignons après avoir duré 121 ans.

 

 

1 le président Hénault.- P. Bouquet ;- Sismondi

2 annales du Moyen Âge, Fauriel.- Plancher, histoire de Bourgogne



 

Chapitre V

 

Aspect général de Lyon.

 

Les Romains avaient construit leur ville sur la colline de Fourvière ; mais elle avait été si cruellement saccagée par Sévère qu'une grande partie des habitants qui étaient à la hauteur pour venir s'établir sur les bords de la Saône et du Rhône, où déjà s'était élevé un grand nombre de constructions, à cause de l'avantage coffret pour les transports les bords des fleuves.

Lyon pris quelques splendeurs sous les rois bourguignons et le jouit d'une paix constante et le commerce qui devint actif.

La ville occupait alors toute la ligne des couteaux depuis Saint-Just jusqu'à Pierre-Scize, où Gondebaud avait fait construire un château fort. La rive droite de la Saône limite l'ancienne ville ; la nouvelle commençait à grouper ses habitations régulières autour de Saint Nizier, et occuper l'espace compris entre la place d'hétéros et les Cordeliers.

Sur la plate-forme de la colline était la ville délaissée des Césars, la ville païenne, avec le palais d'Agrippa et Auguste, tombant en ruines, montrant ses tours mutilés, ses réservoirs vides d’eau et ses jardins où croissaient de toutes parts les ronces et les orties. Non loin de là apparaissaient encore, avec un reste de magnificence, le forum de Trajan, à peu près abandonné qui, trois siècles plus tard, devait s'écrouler ; ses matériaux allaient servir aux constructions du culte chrétien. Sur le même coteau, à droite, l'amphithéâtre montrait ses débris. C'est dans cette vaste arène que les chrétiens souffrirent le martyre, sous l'empereur Sévère.

Près du rocher de Pierre-Scize, sur les bords de la Saône, était une chapelle dédiée à saint Epipode, qui attirait beaucoup de pèlerins. En descendant le cours de l'eau, on trouvait l'église Saint-Paul, dont la flèche dominait toutes les maisons voisines. L'église Saint-Laurent se trouvait vis-à-vis ; elle était séparée de la première que par une rue. Les environs de ce quartier commençaient déjà à ce peuplier de juifs attirés par le gain qu'il trouvait dans une ville commerçante et résidence royale.

Enfin, plus loin encore, en descendant la Saône, apparaissait le château du roi Gondebaud, bâti sur les bords de la rivière, à la place qu’occupe maintenant la prison de Roanne. En face était une rue habitée principalement par les nobles de la cour de Bourgogne.

La paroisse de la cour était l’église de Saint-Etienne, bâtie par saint Albin, successeur de saint Just, à l’endroit où fut depuis la cathédrale de Saint-Jean ; elle était alors la métropole de Lyon ; auparavant, ce privilège appartenait à l’église des Apôtres. Deux églises ou plutôt deux chapelles, s’étaient élevées aux côtés de Saint-Etienne ; l’une était Sainte-Croix, qui regardait le palais de Gondebaud, l’autre Saint-Jean, tournée vers la porte de Sainte-Eulalie (Saint-Georges). La chapelle Saint-Jean fut rebâtie plusieurs fois, et, par la suite des temps, elel devint si grande et si belle, qu’elle usurpa le titre de métropole de Saint-Etienne, qui l’avait vue grandir auprès d’elle.

A quelque distance de Sainte-Croix, se trouvait, vers la droite, l’église révérée de Saint-Romain ou de Saint-Pierre-le-Vieux ; elle fut bâtie par Frialdus et sa femme pour accomplir un vœu. C’était alors la cure de Lyon. Personne n’y était enseveli par respect pour le sang des martyrs qui, dit-on y coula. Une rue longue et tortueuse commençait à Saint-Etienne et allait jusqu’à la chapelle de Sainte-Eulalie, qui marquait l’extré

mité de la ville sur les bords de la Saône, à l’endroit de son confluent avec le Rhône, et en face du monastère d’Ainay.

Mais la plus belle église de Lyon était, sans contredit, l’église des Macchabées, situes sur la colline. Deux clochers s’élevaient sur un grand et beau portail. L’intérieur de l’église contenait vingt-quatre chapelles, la plupart bâties avec le marbre des monuments romains.

 

A une portée d’arc de l’église des Macchabées se trouvait la porte Saint-Just. C’est là que commençait la grande voie romaine de Marseille. Toute cette route était encore parsemée de tombeaux romains, de monuments en ruines, d’arcs élevés à la mémoire des morts. Parfois sur ces épitaphes on lisait le nom célèbre d’un grand homme. Le tombeau de Syagrius, préfet du prétoire, se voyait parfaitement conservé ; un grand arbre le protégeait de son ombre. De semblables monuments funéraires existaient aussi sur la voie romaine qui passait devant le rocher de Pierre6Seize ; l’un d’entre eux subsista jusqu’au quinzième siècle ; on le connaissait sous le nom de tombeau des Deux-Amants.

Au-delà de l’église des Macchabées, la chapelle de Saint-Irénée avait été bâtie en mémoire de ce saint ; elle avait commencé par une crypte souterraine. Plus loin, une longue ligne d’aqueducs, constructions gigantesques, fuyait vers l’horizon.

Lyon n’avait pas de pont sur la Saône ; le Pont-de-Pierre ne fut construit qu’au onzième siècle ; les communications se faisaient au moyen de petites barques.

La limite de la ville au nord était un ancien canal à demi-comblé, qui allait de la Saône au Rhône, en passant par l’emplacement de notre place des Terreaux. Il encerclait dans la ville le monastère naissant de Saint-Pierre-les-Nonnains, et laissait hors de l'enceinte de la cité le bourg Saint-Marcel. Sur la rive gauche de la Saône était la rue des pêcheurs, habité par les gens de cette profession.

L'édifice le plus remarquable de tout ce quartier et l'église des apôtres entourés d'un vaste cimetière. Depuis deux siècles, on était dans l’usage d’ensevelir les morts autour des églises. La religion semblait encore veiller autour du dernier asile des bons trépassés ; le peuple superstitieux croyait que la terre leur était plus légère.

L’église des apôtres fut la plus ancienne de Lyon. Ce n’était d’abord qu’un oratoire construit pas saint Pothin, premier évêque de la ville. Saint Nizier y fut enterré dans la suite ;  les miracles qui s’opérèrent sur son tombeau, firent placer l’église sous son vocable. Dans les premiers siècles du christianisme, c’était la demeure de l’évêque et la cathédrale. Autour de l’église des Apôtres, on établit, au Moyen-Âge, une récluserie. C’était une sorte de prison murée, avec trois ouvertures grillées pour fenêtres. Là, s’enfermaient vivants ceux qui voulaient passer le reste de leurs jours dans la pénitence. Une des fenêtres était toujours tournée vers l’église, pour y entendre la messe, les deux autres servaient aux reclus, pour recevoir la lumière et la nourriture que la charité des fidèles leur procurait. On trouvait de ces récluseries à Ainay, à Saint-Sébastien, à Saint-Clair et à Saint-Pierre-le-Vieux.

Au-delà de l’église étaient des rues nouvelles, avec une place où les marchands de vins débitaient leur marchandise. La ville se prolongeait jusqu’à l’emplacement moderne des Cordeliers.

De tout temps il existait un pont sur le Rhône, a une portée d'arcs plus loin ; c'est ce pont que passa l'empereur Gratien lorsqu'il alla au-devant de ceux qu'ils assassinèrent.

L'emplacement de Bellecour, les abbayes d’Ainay et de Saint-Michel était en dehors de la ville. L'abbaye d’Ainay fut d'abord une chapelle dédiée à Sainte Blandine ; Attila la réduisit en cendres ; saint Sabin la rebâtit et la plaça sous l'invocation de Saint-Martin de Tours. Ces prêts de cette maison religieuse que Carétène, mère de Gondebaud, avait construit son monastère de Saint-Michel, sur le bord de la Saône ; l'il finit ses jours.

Sur le terrain de Bellecour, on voyait, sous le roi de Bourgogne, les restes de l’Ustrinum, grand cirque qui servait à brûler les morceaux des bûchers, pour recueillir leurs cendres. La loi ordonnait qu'il fut placé hors des villes. C'est dans ce lieu que furent brûlés les corps des martyrs dont les restes furent jetés dans le Rhône. Ce fut en mémoire de ces défenseurs de la foi que fut instituée plus tard la fête des Merveilles, si fameuse dans les annales lyonnaises. Le cortège sortait de l'église des Apôtres pour se rendre au monastère d’Ainay. Au retour, on jetait un taureau dans la Saône, et des hommes, montés sur de petites barques, offraient au peuple le spectacle d'un combat avec cet animal, qu'on allait ensuite dépecer dans la rue Ecoche-Bœuf.

 

Lyon Imp.  D’Aimé Vingtrinier.

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