Georges Brassens

Publié le par Lyne de Montmartre

Brassens, le poète de l’irrévérence

Georges Brassens (1921-1981) est né un 22 octobre, mort un 29 octobre. Autant dire que ses œuvres passent ce mois-ci en hommage sur nos ondes. Un hommage posthume rendu à un chansonnier qui se moquait des vanités sociales et qu’on pourrait décrire comme le poète de l’irrévérence…


 

 

Brassens le joueur de (gros) mots

Faut-il voir en lui un éternel gamin tournant en dérision les règles de bienséance des adultes ? Sa « Ronde des jurons » avec « Tous les morbleus, tous les ventrebleux / Les sacrebleus et les cornegidouilles… »n’aurait-elle pas sa place dans nos anciennes cours d’écoles ? Même chose pour « Le pornographe »(« Autrefois quand j’étais marmot / J’avais la phobie des gros mots / Et si j’pensais merde tout bas / Je ne le disais pas… »). Il joue non seulement avec les mots qu’on ne dit pas mais aussi avec les histoires qui ne se raconteraient pas en société, comme « Gare au gorille », « Fernande » ou « La religieuse ». Bref, Brassens n’a pas la langue dans sa poche, et sa langue est verte !

 Brassens l’iconoclaste

Cette liberté de langage va de pair avec une grande liberté de pensée. Dans cette société des années 1950 qui est celle du « Oui papa. Oui chéri. Oui patron. », il fait figure d’iconoclaste. Ses chansons se moquent des conventions sociales ou plutôt affichent son indifférence. « Le jour du Quatorze Juillet / Je reste dans mon lit douillet », proclame-t-il dans « La mauvaise réputation » en 1952, alors que la France est sortie il y a peu de la Seconde Guerre mondiale et que les anciens combattants sont quotidiennement honorés. La même chanson indique son indifférence religieuse, « Je ne fais pourtant de tort à personne / En suivant les ch’mins qui n’mèn’nt pas à Rome », à une époque où le pays reste profondément catholique.
« Les amoureux des bancs publics » affirment le droit pour les jeunes couples de « se bécoter » en public malgré « le r’gard oblique des passants honnêtes », car cela ne se faisait guère…

Pas de jugement de valeur pourtant. Seulement l’affirmation avant l’heure d’un « droit à la différence ». « Je ne fais pourtant de tort à personne / En suivant mon ch’min de petit bonhomme », résume bien sa philosophie

 Brassens l’ami des petits

À travers ses chansons, Brassens s’affirme aussi l’ami ou l’amant de tous ceux que la société ne reconnaît pas : les modestes, les gueux, les mauvais sujets, les filles de joie ou les paysannes sans le sou… qui sont aussi libres que lui et auxquels personne ne prête attention parce que « les brav’s gens n’aiment pas que / L’on suive une autre route qu’eux ». Dans cet esprit, sa « Chanson pour l’Auvergnat » est l’une des plus belles : elle rend hommage à tous ces petits qui l’ont aidé, en dépit du qu’en dira-t-on, lorsque « dans ma vie il faisait froid ».

S’inscrivent dans la même veine « Les sabots d’Hélène », que les capitaines appelaient vilaine, mais qui avait dans le cœur « l’amour d’une reine » ; ou bien « Celui qui a mal tourné », qu’un signe d’amitié bouleverse : « Machin, chose, un tel, une telle / Tous ceux du commun des mortels / Furent d’avis que j’aurais dû / En bonn’ justice être pendu [… Mais] Y’en a un qui m’a demandé / Des nouvelles de ma santé / Lors, j’ai vu qu’il restait encore / Du monde et du beau mond’ sur terre / Et j’ai pleuré le cul par terr’ / Toutes les larmes de mon corps. 

 Un amoureux de la liberté

Brassens l’homme libre

Brassens s’est-il fait pour autant le porte-parole d’un mouvement politique ? Celui d’une révolution des gueux ? Pas du tout. Il n’a jamais voulu se voir coller l’étiquette d’un « poète engagé ». D’abord parce que ce solitaire se méfie de tout groupuscule, de toute idéologie rassembleuse. Il déplore suffisamment, en ces temps d’après-guerre, l’abondance de « ligues, cliques, meutes, troupes… » et il proclame haut et fort que « Le pluriel ne vaut rien à l’homme / Sitôt que l’on est plus de quatre / On est une bande de cons ».
Il refuse à la fois d’imposer ses idées (il tient trop à sa liberté pour empiéter sur celle d’autrui) et de prendre position pour des idées qui pourraient s’imposer à coups de fusils : « Mieux vaut tourner sept fois sa crosse dans la main / Mieux vaut toujours remettre une salve à demain ».
Et il se fait bien des ennemis lorsqu’il chante « Mourrons pour des idées d’accord / Mais de mort lente », ajoutant à l’attention de tous les endoctrinés qu’« Il arrive qu’on meure pour des idées n’ayant Toujours dans nos cœurs

Certaines chansons de Brassens sont datées, d’autres oubliées, d’autres restent définitivement aimées de tous. On pourrait dire, en paraphrasant sa chanson du « Vieux Léon », que les chanteurs : « Au grand jamais / On ne les met / Au Panthéon [… Mais] dans nos cœurs, / Pauvre chanteur, / Il fait ma foi / Beaucoup moins froid / Qu’au Panthéon »… Une idée de liberté dans la mort et dans l’affection que Brassens n’aurait pas reniée !

Marie-Odile Mergnac

 

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